Enfin, c’est parti, le 18/10 pour 5h de bus jusqu’au village de Besisahar. La route est bonne, mais ce qui devait etre un bus a touristes (ndlr : plus confortable que le bus local) se revele etre un poulailler apres que les habitants des villages que nous traversons aient remplis le moindre espace vide. Debarques a Besisahar, nous cherchons le prochain bus pour Khudi afin d’eviter les 2 premieres heures de marche sur une route plus frequentee par les camions que par les anes. La aura lieu la rencontre qui va illuminer notre trek : Patrice et Valerie, Francais originaires de l’Aveyron. Nous partons ensemble a la recherche de l’arret de bus et ne nous quitterons plus. Premier checkpost « officiel » et presentation du permis de trek delivre par l’ACAP (un organisme gouvernemental certifie). Cette forme de racket organisee ne vaut pas mieux que celle plus sauvage, pratiquee par les Maoistes au detour d’un chemin. Et dans les 2 cas, c’est 20 dollars par personne donc pas de jaloux ! Nos sacs a dos font 12 a 13 kgs. Au bout de 2 heures de marche nous faisons une pause coca dans le village de Ngadi. Candice qui s’est surestimee engage un porteur pour la suite du trek. 
55 kgs et hypocondriaque, Nabin, n’est pas un porteur professionnel mais il a un bon sourire et surtout, il a besoin d’argent. Il part totalement sous-equipe et achetera en cours de route de quoi lutter contre le froid, saoulant regulierement Nico pour des conseils... Les 4 premiers jours, il fait une chaleur tropicale et la journee se termine souvent par un orage qui continue jusque tard dans la nuit. Les villages se succedent rapidement: Bahundanda, Jagat, Chamje, Tal, Chame, Dharapani, Bagarchhap, Thaleku … 
Nous longeons la riviere Kali Gandaki qui vrombit de plus en plus bas a mesure que nous prenons de l’altitude. Les 500 a 1000 m de denivele par jour, soit 5 a 6 h de marche en moyenne, sont une epreuve pour les cuisses. Nous doublons des troupeaux d’anes qui menacent a tout moment de nous envoyer dans le fosse d’un coup de rein. Les ponts suspendus nous donnent le vertige et nous restons sans voix devant la beaute des cascades qui surgissent de l’autre versant de la montagne. C’est un festival ! La nature est a la fete, dans toute son exuberance. Le paysage evolue au fur et a mesure de notre ascension. Nous quittons les rizieres en terrasses pour des panoramas plus alpins. 
Dans les villages, les gosses sales et morveux se pressent pour une photo. Ca nous va bien!  Trop souvent ils vous lancent un rapide « Namaste » dans l’espoir de recuperer des « school pens » ou des « chocolates ». Ils n‘ont comme seul jouet qu’une bouteille en plastique vide tenue en laisse par une cordelette. Les femmes, sont plus farouches et plus difficiles a "immortaliser". Comme elles sont belles pourtant, dans leurs travaux de la vie quotidienne : portant le bois, ramassant les cereales, preparant le repas sur le seuil de la maison ! 
A Chame, nous faisons la rencontre des Maoistes qui nous traitent avec beaucoup plus d’egards que prevu. Depuis 2001, ils ont appris a menager les touristes ! Apres nous avoir explique que nous penetrions dans une zone controlee par eux, ils nous soulagent aimablement de 20 dollars par tete et nous offrent the et biscuits de bienvenue. Sur leur bureau de fortune, vous trouverez des tracts et des bouquins sur l'histoire du mouvement. On sale! Nous continuons notre chemin, contents d’avoir passe ce checkpoint sans encombres. Le soir, dans les guest houses, nous troquons la salle a manger contre la cuisine. Les familles et les porteurs sont la et Nabin sert d’intermediaire avec ce petit monde aui se rechauffe autour du fourneau. Chez les "3 Sisters" de Dharapani, a defaut d’une douche chaude, nous decouvrons certaines specialites du Nepal telles que le « Rackshi », un petit "vin" local a base d’acool de riz (genre mauvais sake), le « Mustang Coffee », un melange revigorant de Rackshi, sucre, miel et cafe, et les radish pickles. 
Le 5e jour, nous sommes deja a 2500 m d’altitude. Il commence a neiger sur le village d’Upper Pisang. Nous nous refugions au "Yack & Yeti" pour nous rechauffer autour d’un black tea. Les sapins sont bientot recouverts d’un doux manteau blanc. 

Nous tombons sous le charme de cette vallee qui nous rappelle la magie de certaines scenes du Seigneur des Anneaux. Puis Dukur Pokhari, Braga et bientot Manang, a 3500 m. Nous devons consacrer le7e jour a nous acclimater pour eviter le tristement celebre mal des montagnes lie a l’altitude. C’est l’occasion de se reposer, de decouvrir le Gangapurna Lake, un surprenant lac de montagne aux eaux turquoises. 
Pour passer le temps, nous nous lancons dans la recherche de la meilleure « bakery » de la bourgade. Une dizaine d’echoppes rivalisent pour proposer les plus gros « croissants » et « cinnamon rolls ». Les soirees et les nuits sont tres fraiches. Nous empilons les couches de polaires et gore-tex, gants et bonnets. Le soir, les lodges mettent un poele sous la table mais nos conversations s’achevent rarement apres 20h. Une fois les plats de « Dal Bhat* » ou de « Chowmeins** » engloutis, il faut se refugier tout habilles dans nos sacs de couchage. Les 8e et 9e jours, les villages se rarefient le long du chemin. Yak Karkha et Thorong Phedi comptent 2 voire 3 lodges. Le froid est intense. Nous nous rapprochons du col et sommes maintenant a 4500 m. Au matin, on peut savourer une vue imprenable sur l’Annapurna III. 
Le paysage est totalement mineral, a peine tache par quelques arbustes et buissons chetifs. Ce soir, l’ambiance est electrique dans la salle a manger de l’hotel Annapurna Base Camp. Chacun a en tete la journee de demain, la plus dure de tout le trek avec ses 1000 m de denivele en montee puis 1600 m en descente, le tout sur pres de 10h de marche (c'est ce qui est ecrit dans les guides). Nous savons tous que nous allons en baver. Au matin, c'est le concours de celui qui part le plus tot: 80 trekkers s'echelonnent entre 4h30 et 6h30. Nous perdons le concours, et la petite bande des 4 se met en route vers 6h30. Nous mettrons 3h30 jusqu’au sommet : un vrai record si l'on en croit le Lonely Planet et les guides locaux qui nous annoncaient 4 a 6 h de marche ! Candice assure le suivi psychologique de Nabin, son porteur, qui peine a respirer et pleurniche un peu, n’etant en fait jamais monte a plus de 3000 m. On a finalement droit a un lever de soleil feerique sur les sommets enneiges de l’Annapurnas avant de passer, victorieux, le col du Thorong La, a 5400 m. Les fanions tibetains multicolors flottent au vent, le ciel est bleu vif, l’air est si fin et pur... La neige crisse sous nos pas. Un renne s’enfuit dans la neige … que demander de plus ?!? 
Rien car dans la descente, Nicolas se blesse au genou et au bout d'1 heure il ne peut plus poser le pied par terre. Il n’a d’autre choix que de se faire les 1600m de denivele "a cloche pied", en s’aidant d’un baton de marche qu'un ami hollandais lui prete. Arrives a Muktinath, village situe a 3800m et qui doit compter 25 ames..., nous trouvons un telephone satellite et appelons Saint-AXA au secours. Il reste au moins 6h de marche sur un chemin de muletier avant d'arriver a Jomsom ou on nous pourrions peut-etre prendre un avion, encore faudrait-il s’y rendre en mule ou a moto ! Au dela, c'est 6 jours de marche jusqu'au premier hopital. Saint-Axa rappelle et la, chapeau, quelle efficacite: Le lendemain matin un helico de l'armee vient nous chercher au village (heureusement qu'il y avait un heliport). 
Il nous ramene a Kathmandou avec transfert immediat au Capital Hospital (specialites : orthopedie et gyneco !!!). Nicolas passe plusieurs radios et se fait examiner par tout ce que la clinique compte de medecins, y compris "le grand professeur", la star locale de l'orthopedie: genouillere et 15 jours de repos. Si l’on voit le bon cote des choses, on n’aura pas fait le tour complet des Annapurnas mais les 2 tiers du chemin, vu la plus belle partie des paysages du trek et on a quand meme eu droit a un tour de 2 h en helico (un luxe pour 0 EUR) pendant lequel Nicolas s’est fait une serie de photos digne de "La Terre vue du Ciel" !!! 
*Dal Bhat = plat nepalais a base de riz, lentilles et legumes dans une sauce au curry **Chowmein = nouilles chinoises frites avec œufs et legumes |