Apres 7h de route, le bus de Siem Reap nous depose a Phnom Penh, au bord du fleuve Tonle Sap. Sur les conseils de je ne sais plus quel autre voyageur, nous rejoignons le lac Boeung Kak, au nord de la ville, repute pour sa zenitude. La rive sud du lac est en fait ceinturee par des "happy bars" aux noms aussi evocateurs que "Boom Boom Boom" ou "Marley's resort". La densite sur ces 200 m est etouffante mais le soleil se couche. Toutes les guesthouses sont sur le meme modele : des piaules blanchatres sous un toit de tole, un resto-bar les pieds dans l'eau du lac. Seul le fond musical les differencie : Bob, Trans, hard-fuck-rock metal etc... Nous optons pour Pink Floyd dans des fauteuils en bambous caresses par les ventilateurs. La terrasse est fleurie, l'eau clapote. Une sieste s'impose. 19h : Bob Marley s'invite aux platines, et on prend 120 decibels de marijuana dans les oreilles. Les amateurs livrent l'assaut, squattent de billard. Des nappes de fumee s'installent. Des Irlandais chevelus se greffent a leur bouteille de whisky, loves sur des coussins. Ca ressemble de loin a un hippocampe, un "fucking" s'envole tous les trois mots entre deux ronds de fumee de joint. Un ecran plat diffuse en boucle "The killing fields" (La Dechirure), le film de Roland Joffe qui depeint la dictature des Khmers Rouges. Le classique est toujours aussi bon, mais c'est a peu pres tout ce que 90% des touristes se contenteront d'apprendre sur ces evenements. Cela suffit-il vraiment? Ce soir, nous prenons un verre au Jada Cafe pres du Monument de l'Independance, invites par Sarah, une amie de notre copine Camille, attachee de presse a l'ambassade de France de Phnom Penh et son ami photographe cambodgien. Nous glanons quelques infos supplementaires sur le pays puis admirons la derniere expo photo sur PC: Des cliches sur la vie de bureau a Phnom Penh, les siestes entre deux tiroirs, les standardistes qui se remaquillent... Le lendemain, plutot que d'aller voir un combat de coq pour lequel chacun ici s'essaye a l'extorsion, nous descendrons a pieds les bords du fleuve. On snobe au passage les tuk-tuks et leurs prix delirants. La circulation a Phnom Penh n'est pas particulierement dense mais l'absence de feu de signalisation sur les boulevards Norodom et Monivong complique les choses. Les automobilistes, motos et velos font des demi-tours sans crier gare. Certains se retrouvent a contre-sens pendant 100m, slalommant entre les vehicules arrivant en face. Les trottoirs sont jonches de detritus. Devant l'hopital pour enfants de Kanta Bopha, une centaine de femmes font la queue en plein soleil avec des bebes dans les bras. 500 m plus loin, sur le Sisowath Quay, le long du fleuve, nous nous abritons du soleil au FCC, le Foreing Correspondant Club etait une institution. C'est maintenant un bar franchise que vous trouvez egalement a Siem Reap, style colonial avec fauteuils club et expo photo. Pendant que Nico lit son journal, Candice part faire du leche-vitrine le long de la 240e rue. Le long d'un bloc, tout n'est que luxe et volupte : spas, boutiques de mode et de decoration au standard occidental. Enfin, nous visitons le Musee National ou sont presentees des statues de l'epoque d'Angkor et de l'artisanat du 19e siecle. Parfois, la tete d'une statue manque, mais une plaquette precise utilement que le pillage des sites cambodgiens par les explorateurs francais ont nourri nos musees parisiens. La honte est une question de point de vue. Nous passons dans une exposition temporaire d'esquisses que Rodin a croquees sous le charme de danseuses Khmer de passage a Marseille. On ne s'eternise pas. Depart pour le Ratanakiri. |